Ruth Brassard
puise dans la réalité
de son quotidien pour se créer une banque d'images, réelles, imaginaires
ou imaginées. Un livre, un film, un fait divers, un événement
tragique comme le déluge, le tremblement de terre ou un drame comme la guerre
deviennent prétexte pour exprier une émotion.
L’œuvre est inséparable d’un sentiment de dualité où l’angoisse
côtoie la sérénité, où l’allégresse fréquente
la consternation pour illustrer un état ou un trouble, de malaise, de générosité
ou de lutte pour la survie.
Résolument habitée par une histoire à raconter en formes
et en couleurs, Ruth Brassard élabore sur le papier, sur la toile une fresque
qui se transforme en tableau dans une esthétique qui devient un paysage. Celui-ci
semble d’abord appartenir à une autre époque. À la première
lecture de l’œuvre, nous sommes étonnés d’être saisis par une
composition qui tient ses racines à la fois du baroque et du romantique. Dans
ce mystérieux télescopage de l’histoire, le sujet actualise un
discours qui semble à première vue opposer une mémoire récente
à un désordre du souvenir. L’approche réaliste révèle
une dextérité dont Ruth Brassard possède les langages et les
moyens.
Chaque détails accorde la
primauté à la sensibilité. La composition de l’œuvre touche
les sens par des effets de lumière et de mouvement obtenus par le collage,
l,acrylique, le pastel et les vernis.
À des personnages de femmes, d’hommes et d’enfants se lient des paysages de
ruine, d’eau de terre, de ciel pour former une organisation picturale où les
aspects du quotidien nous interpellent et nous situent dans le sujet du tableau.
Ailleurs en amont, des torrents, dans une perspective mnémonique, nous introduisent
dans les méandres de la représentation d’une allégorie qui revendique
le droit le droit de rêver.
L’intensité dramatique du représenté est supportée â
une manière de faire certes mais aussi par le sujet identifié à
un événement spécifique, à un geste banal comme dormir,
chasser, se laver et, identifié aussi, à l’histoire de l’art.
L'œuvre de madame Brassard se fond dans l’unité d’un spectacle dont le dynamisme
coloré se traduit un imaginaire toujours en évolution. (Texte écrit
par Mme Lise Clément) |