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| Ti-Jean s'empara de la pomme de pin
et agença les pierres lettrées pour former le mot TADOUSSAC. Les pierres
allèrent rejoindre les autres dans sa besace, puis il se mit à l'œuvre
pour construire un radeau qui lui ferait traverser le Saguenay. |
| Sur l'autre
rive, il fit ses adieux à l'écureuil qui lui rappela de conserver précieusement
sa pomme de pin. Sa mission touchait à son terme et quand il arriva enfin
au palais, le roi réunit sa cour pour l'entendre faire rapport. |
| Après avoir sacrifié
à l'étiquette qu'il trouvait de plus en plus fastidieuse, Ti-Jean déversa
le contenu de sa besace aux pieds du roi. |
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Encore un échantillon
de ton manque de savoir-vivre? se renfrogna le roi. |
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Au contraire,
Sire, la réponse à l'énigme posée par votre rêve.
Chacune de ces pierres est à l'effigie d'une lettre. Si on les assemble toutes
dans le bon ordre en tenant compte du lieu où je les ai ramassées,
on obtient les noms de ce pays qui est en train de naître à l'intérieur
de votre domaine royal. |
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Quoi? se récria
le roi, empourpré par l'indignation, un royaume dans mon royaume? Cela ne
se peut! Encore s'il s'agissait d'une nouvelle province. Mais un royaume, qu'on y
réfléchisse bien, réclamera un roi comme il se doit, et ce roi,
ne pouvant tolérer mon existence, me cherchera des querelles de préséance
pour la moindre peccadille et voudra tantôt faire sécession. Ce sera
alors la guerre civile, où le frère combat le frère. Mon cauchemar
était donc dans le vrai, mais en deçà de la vérité. |
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Il y a une
parade pour contrer votre prémonition, si vous m'autorisez à vous la
révéler, Sire. Érigez votre domaine royal en royaume et faites-en,
par un décret perpétuel, un royaume sans roi. Si, plus tard, quelqu'un
veut s'en arroger le titre, en vertu de votre arrêt, son règne ne durera
pas. De plus, vous pouvez, par la même occasion, fédérer ce nouveau
royaume au vôtre. |
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Cet expédient
ne m'enchante guère, mais il ne faut jamais cracher contre le vent sous peine
d'être éclaboussé soi-même. Aussi est-il préférable,
en certaines circonstances, de devancer ce qu'on ne peut éviter dans l'espoir
de le maîtriser. Qu'il en soit donc ainsi! Greffier, prenez acte de ma royale
décision! Maintenant, Ti-Jean, je dois te récompenser, car je m'y suis
engagé. |
| C'était la partie de l'audience
que Ti-Jean appréhendait le plus. Cette princesse plus belle que le jour qui
faisait pâlir d'envie le soleil lui-même, cette princesse tant vantée
par le conteur ne lui disait rien qui vaille et il révoquait en doute tout
ce qu'on colportait à son sujet. |
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Puis-je obtenir
de vous une audience à huis clos, Sire? risqua-t-il. |
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Que tous se retirent de la cour,
ordonna le roi, curieux de ce que Ti-Jean manigancerait encore. |
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Devenir votre gendre serait un trop
grand honneur pour moi, même un honneur disproportionné à ma
tâche. |
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N'est-ce pas à moi d'en décider
et à toi de t'y soumettre? trancha le roi. |
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Je suis un roturier agité
et impatient, et le rôle de roi fainéant que vous voulez me faire tenir
au bras de votre fille ne me sied guère. Je m'empoterais jusqu'à devenir
gras à lard comme certains fauves de votre zoo trop nourris et trop passifs.
Je peux vous suggérer une façon de vous acquitter sans désobliger
votre générosité. |
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Laquelle? s'inquiéta le roi. |
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Faites-moi, sous le sceau du plus
grand secret, vice-roi de ce nouveau royaume. Cela nous satisfera vous et moi. Vous
m'aurez honoré, et je conserverai aux yeux de tous mon statut de roturier
fidèle et obéissant. De plus, je suis convaincu que votre fille trouvera
plus de félicité à vivre avec un prince de sa condition qu'avec
un manant de ma sorte. |
| L'échappatoire que proposait
Ti-Jean plut au roi, |
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Cela me convient. Je te nomme dès
à présent et sous le couvert du plus strict secret Ti-Jean de Piékouagami,
sieur du Saguenay. Je vais convoquer mon garde des sceaux qui te dressera des armoiries
à ta convenance mais qui demeureront secrètes elles aussi. |
| Cette fois, Ti-Jean remercia le roi
avec sincérité. Quelques jours plus tard, le garde des sceaux lui présenta
ses armoiries. C'était un écu écartelé de gueule, d'or,
d'argent et de sinople. Ses meubles représentaient son nouveau royaume: le
pin, la ouananiche, la gourgane et le bleuet. Une devise s'y greffait qui disait:
«Les mots sont entre les hommes comme le mortier entre les pierres». |
| Le roi se fit montrer les armoiries.
Il s'informa : |
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Et ce royaume,
aura-t-il un nom? |
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Sire, j'ai pensé au titre
que vous m'avez conféré et qui en comprend deux. En les mariant ensemble,
cela donne LA SAGAMIE. |