| […] |
| Tard dans la soirée, il déboucha
sur la rivière qui porte son courant jusque dans le lac. Une fois de plus,
il inspecta les lieux dans la noirceur pour trouver les pierres pour dresser son
feu de camp. |
| Le carcajou vint à lui. |
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Que fais-tu loin de chez toi, homme
né du sol lui-même? |
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Mon fils aîné, Premièrechair,
est mort, ce qui me rend inconsolable. Je cherche un talisman pour faire revenir
la vie en lui. |
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Ton entreprise est vaine et téméraire,
car tout ce qui naît est destiné à mourir. Si cela n'était,
comment les générations se succéderaient-elles? Vois partout
autour de toi, tu es entouré de vie jeune, car la nature ignore la vieillesse.
Aussitôt qu'une forme de vie vacille, une autre forme de vie l'élimine
pour que tout soit sans cesse recommencé dans la successivité. Tu cherches
l'immortalité de ce qui meurt sans t'être aperçu que seule la
mort est éternelle. |
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Ton discours, s'il est plein de sens,
ne me console pas de la perte de mon enfant, car si le premier né de ma chair
est mort, ainsi en ira-t-il de toute chair. Je veux m'opposer à ce qu'il en
soit ainsi. Si tu sais le nom d'un charme assez puissant pour rendre la vie à
mon fils, je te serai éternellement reconnaissant. |
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J'en sais un, mais il ne te servira
qu'une fois. Arrache un vibrillon de mon museau que tu déposeras sur les lèvres
de Premièrechair. |
| Celuiquipréparelefeu s'exécuta
et se confondit en remerciements. Le carcajou lui recommanda d'user de son charme
avec talent, c'est-à-dire avec discernement, sans quoi sa queste perdrait
tout son sens. |
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Souviens-toi, ajouta-t-il, que le
talent est l'une des pierres de la vie. Si tu égares mon vibrillon, j'ignore
ce qui se produira et s'il tombe dans d'autres mains, je sais encore moins ce qui
adviendra. |
| L'homme dépouilla un bouleau
d'un morceau de son écorce et s'en fit un sachet dans lequel il déposa
avec précaution son poil magique. |
| Son sommeil fut moins lourd que les
autres fois et davantage réparateur. |
| À l'aurore, il remua la cendre
de son feu pour la faire refroidir. Pour remercier l'esprit tutélaire du lieu,
il déposa sur le sol près des pierres encore tièdes un collier
de coquillages que sa femme lui avait donné. Il jeta un coup d'œil à
la rivière dont le courant pénétrait profondément dans
le lac plat et dit: «Cette rivière sera appelée Métabetchouan». |
| Il tenait fermement dans sa main
son sachet de bouleau qui renfermait et protégeait son trésor. Quand
il arriva dans la partie du lac au large duquel émergeait une île aux
proportions imposantes, il s'assit au pied d'un pin et s'appuya contre le tronc.
Il entra dans une légère somnolence qui lui fit relâcher son
sachet d'écorce qui se retrouva par terre, béant. Une couleuvre qui
rampait non loin le vit et en fouilla l'intérieur. Elle entra en contact avec
le vibrillon du carcajou avec sa bouche. Quand Celuiquipréparelefeu s'en aperçut,
il était trop tard. En désespoir de cause, il chercha à s'emparer
de la couleuvre, mais elle lui glissa des mains en abandonnant sa peau et, depuis
ce temps, les couleuvres muent. |
| Désespéré, Celuiquipréparelefeu
maudit l'île au large pour passer sa colère et il l'appela l'Île-aux-Couleuvres
afin que ses descendants ne l'abordent jamais. |
| Son retour chez lui fut triste. Lorsqu'il
rapporta la perte du vibrillon de l'immortalité à sa femme, Cellequipréparelanourriturequimarche
fut inconsolable pendant des jours. Ils allèrent, avec les autres enfants
issus de leur chair, se recueillir sur la tombe de Premièrechair. |
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La mort est le lot des hommes, dit
Celuiquipréparelefeu, et ceux qui veulent s'y soustraire perdent un temps
précieux qu'ils pourraient mettre à profit en cultivant l'art de bien
vivre. Parti pour une queste insensée, j'en ai ramené, néanmoins,
le vif sentiment d'appartenir à ce territoire. En retournant à sa mère
première, notre fils nous a signalé où nous allons nous établir.
Nous nommerons cet endroit Mashteuiatsh pour que l'esprit de notre enfant repose
en paix. Ce sera notre terre natale, car nous sommes sortis d'elle. |
| Des siècles après,
quand il s'agira de donner un nom au pays, on se souviendra de cette appellation. |
| Puis, jetant un regard sur le grand
lac plat dont il avait fait le tour, le père de sa race ajouta: |
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Nous le nommerons désormais
Piékouagami |