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Je suis celui dont le sacrifice arrêtera
le rétrécissement du Royaume et en restaurera la superficie. |
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J'aimerais apprendre comment! |
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La destinée du Pays de la
Ouananiche est d'être contenu dans la peau de l'Orignal albinos au panache
et aux sabots d'or. Tu dois me mettre à mort, séparer mon panache de
mon front que le Loup Blanc ira enfouir dans un endroit connu de lui seul. Tu trancheras
mes sabots que tu déposeras dans ta besace. Ils devront être enterrés
aux quatre points cardinaux limitrophes pour borner le Royaume. Tu arracheras mes
yeux que tu remettras à Œildebalbuzar afin de lui permettre de scruter l'invisible,
car il ne peut voir que profondément dans le visible. Mes yeux craignent la
lumière du jour, c'est pourquoi ils peuvent pénétrer les secrets
de l'ombre. Enfin, tu m'écorcheras et tu iras jeter ma peau dans ce qui reste
du Piekouagami, ce qui aura pour effet d'arrêter net le grand vortex. |
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Ce que tu exiges de moi est contre
mes principes. Jamais je me résoudrai à te tuer. |
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Tu ne me tues pas, c'est moi qui
me sacrifie. Je suis de ce sol, sans lui je n'ai pas de raison d'être. Que
vaudrait ma vie si je ne consentais pas de la sacrifier pour elle? Si tu empêches
que je me sacrifie, tu rends mon existence inutile. Si tu le fais, je vivrai à
travers le Royaume qui renaîtra à travers moi. Il gardera ma mémoire.
Si tu me donnes la mort de cette manière, j'échapperai à la
deuxième mort qui est une mort plus définitive que la première,
car alors je m'évanouirais dans l'oubli. Mais si tu accomplis ce que le destin
du Royaume nous commande à tous deux, je vivrai dans le souvenir reconnaissant
du Royaume. Allez, assez parlé, plante-moi ta lame dans le cœur, conforme-toi
à notre commune destinée. |
Quand tout fut terminé, Ti-Jean
détacha le Panache
d'or de la tête
de l'Orignal albinos et le confia au Loup Blanc, coupa ses sabots d'or qu'il glissa
dans sa besace. Il déplia son mouchoir à carreaux rouges et il y enveloppa
les yeux qu'il venait d'énucléer. Enfin, il écorcha l'animal
sacrifié, plia et replia sa peau qu'il assujettit à ses épaules
au moyen d'une corde.
Il remit ses bottes de sept lieues et il se disposait à partir lorsqu'il aperçut
le Loup Blanc qui s'apprêtait à dévorer la carcasse de l'Orignal
albinos. |
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Sacrilège! Que fais-tu? demanda
Ti-Jean, avec un brin de colère dans la voix. |
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Je rends mes derniers devoirs à
mon compagnon. |
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En le mangeant? |
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Oui, en le mangeant je lui fais honneur,
en le dédaignant je le méprise, car je le laisse en pâture aux
vers et aux charognards. Je préfère l'ensevelir dans mon ventre chaud
plutôt que dans le ventre froid de la terre. |
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