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« Revenue dans ses appartements,
la reine, après avoir congédié sa camériste jusqu'au
lendemain, alla contempler le clair de lune sur son balcon. « On dirait qu'il
fait jour en pleine nuit », se dit-elle, et elle se perdit en extase devant
l'éclat tamisé de ses jardins à la française qui faisaient
l'envie des souverains des royaumes circonvoisins quand, d'aventure, ils étaient
invités à s'y délasser en dehors de toute contrainte, dégagés
des nécessités de l'étiquette.
Le doux zéphyr faisait dodeliner ses tulipes et caressait ses plantes. Son
regard se promenait d'un endroit à l'autre du jardin et s'arrêta soudain
sur un massif de fleurs qui semblaient frappées de rigidité. Un malaise
l'envahit à la pensée que quelque chose d'inhabituel se passait parmi
ses fleurs.
La reine courut rejoindre son mari qui se préparait à se mettre au
lit et le pria avec insistance de l'accompagner. Il consentit à contrecœur
et ses protestations ne rencontrèrent aucune sympathie chez sa femme.
Quand ils furent arrivés au massif de fleurs, ils s'aperçurent non
sans consternation que les plantes étaient pétrifiées et que ce mal nouveau était en
train de gagner, de proche en proche, tout le jardin. |
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Mes fleurs! gémit la reine.
Qu'arrive-t-il à mes fleurs? |
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On l'apprendra sous peu, l'encouragea
le roi, en ordonnant du geste à un valet d'aller avertir le Fin Devin. |
| Celui-ci accourut en grande hâte,
la main devant son menton pour en masquer l'aspect repoussant depuis son épilation.
Il fit une révérence timorée, le souvenir de sa condamnation
lui cuisait encore. |
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Regarde les fleurs, s'écria
le roi, et rends-nous un avis éclairé! |
| Le Fin Devin se pencha et caressa
les plantes pétrifiées. Son verdict ne se fit pas attendre et tomba
net : |
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J'envisage le pire, Sire. Tout ce
qui est végétal dans votre royaume va progressivement se changer en
pierre. » |
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