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Mais la reine se meurt pendant que
nous joutons en propos mondains. En ce qui la concerne, n'y a-t-il pas de dérogation
possible? |
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Si, mais la tâche effraierait
un simple mortel. |
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Dites quand même? |
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Il y a, le long du sentier de l'Épinette
pleureuse à Bégin, tout près du pont des Bosses qui enjambe
le ruisseau Chu Philippe qui se jette dans le lac aux Chicots, une épinette
blanche qui est une géante des forêts. Lorsque Tranchemontagne creusa
avec fracas le grand chenal du Saguenay, un éclat de pierre est venu la transpercer
de part, en part lui conférant l'aspect d'une hache de guerre. Les Ilnus l'ont
appelé mishtiku ushtashku, l'arbre hache. Au lieu de périr, l'épinette a enrobé
cet éclat de résine comme le nacre enveloppe un caillou dans une huître.
Elle a survécu. Cette épinette gigantesque offre asile à un
aigle à trois têtes, énorme, le roi de son espèce. Quiconque
s'approche de l'arbre subit la colère de l'aigle qui le dévore de ses
trois becs puissants. Il ne fait de quartier à personne. Le sort mortel jeté
par Poilauxoreilles s'est fixé au ventre de la reine où il irradie
sur la peau en une forme curieuse. Il faudra que la pierre de l'épinette blanche
épouse cette forme pour la tirer du trépas.
- Cela me semble une tâche impossible, avoua Ti-Jean en toute humilité.
- Ce n'est pas tout, poursuivit la Mort. Pour l'économie générale
de mon univers, si l'arbre meurt des suites du prélèvement de la pierre,
la reine mourra. S'il en réchappe, la reine vivra. |
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