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Une musique aux accords caverneux
portée par le vent accueillit Ti-Jean et ses compagnons dans la forêt
aux arbres creux. Les arbres abattus par Égide Côté et ses hommes
gisaient par terre à l'endroit où ils étaient tombés.
Ti-Jean les inspecta. Leurs troncs étaient évidés avec précision
comme s'ils avaient été soumis à l'action d'un tour à
bois, ne laissant juste assez d'épaisseur à l'aubelle pour ne pas rompre
sous la poussée du vent. Les trois amis se consultèrent et durent avouer
forfait : aucun d'eux ne connaissait un animal, un oiseau, voire un insecte dénoyauteur
capables d'un tel travail réalisé avec une telle dextérité.
Des piverts nombreux s'affairaient partout, creusant à grands coups de bec
martelés des trous à la recherche d'insectes ravageurs. Les troncs
de nombreux arbres avaient été perforés et ressemblaient à
des flûtes géantes dressées dont le vent venait se jouer sur
son passage. |
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Un orgue sylvestre, pensa Ti-Jean,
en écoutant la symphonie éolienne exécutée par la forêt. |
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Un orchestre de flûtes à
bec, songea de son côté Fin Tireur qui jouet du flageolet à temps
perdu. |
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Une cathédrale à ma
mesure, réfléchissait Tranchemontagne, en considérant d'un œil
averti les troncs puissants lancés à l'assaut du ciel dans un mouvement
d'escalade irrésistible. |
| Tous les arbres frappés au
hasard de leur déambulation rendaient un son creux, caverneux. |
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Du vide, encore du vide, toujours
du vide! s'exaspéra Ti-Jean. |
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Du vide joliment bien entouré,
nuança Fin Tireur. |
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Qui n'en reste pas moins du vide!
reprit Ti-Jean. |
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Mais qui lui donne un sens! enchaîna
Fin Tireur. |
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Cessons ces joutes oratoires sur
le plein et le vide! trancha Ti-Jean, nous avons un tâche plus urgente à
exécuter. |
| Ils marchèrent des heures
dans cette forêt mélodieuse, tournant en rond, allant et revenant. Finalement,
ils débouchèrent dans une immense clairière où s'élevait
une montagne d'un blanc crémeux. Intrigués, ils s'en approchèrent
et découvrirent à leur complète stupéfaction qu'il s'agissait
d'un amoncellement gigantesque de tissu tricoté dont la laize mesurait deux
pieds. Au premier coup d'œil, on aurait dit de la soie, mais quand Ti-Jean la palpa,
il hésita : il ne se souvenait pas d'avoir touché tissu pareil, jamais
il n'en avait vu tant et, ce qui lui paraissait le plus extraordinaire, d'un seul
tenant. Ses narines furent frappées par l'odeur de sapin baumier qui dominait
celles des autres résineux pourtant présentes mais dans une note mineure. |