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| Après un long moment d'indécision
où il remua dans son esprit tout ce qu'il savait de la situation, il se souvint
de la comptine qui avait réveillé le monstre. Il se détermina
à la scander près du premier lac, à l'endroit même où
les enfants venaient danser leurs rondes fatidiques. Sa résolution fut en
partie confortée par le désir d'Anicet et de Marie de rentrer à
leur tour. Il pressentait que leur présence lui serait salutaire. |
| Il se mit alors à clamer avec
une voix de stentor que le crieur de la cour aurait enviée : |
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Dragon, lève-toi!
Dragon, lève-toi!
Si tu ne viens pas,
Tu n'existes pas! |
Le sol trembla aussitôt sous
ses pieds. Il s'empara de sa fronde qu'il arma d'un morceau de stalactite et la fit
tournoyer au-dessus de sa tête. Un cou énorme surgit de l'eau bouillonnante
surmontée d'une tête gigantesque percée d'yeux au regard fixe.
Le dragon sortit du lac. Sa taille rivalisait avec celle de l'église. Sans
cesser de manier sa fronde, Ti-Jean attira la bête loin du village en lui récitant
la comptine maléfique. Mais il interrompit bientôt sa course par peur
d'être rattrapé et écrasé sous ses pattes massives.
Le monstre tentait vainement de le saisir avec sa gueule. Ti-Jean lança une
première pierre qui creva l'œil gauche. Un cri de douleur effroyable et assourdissant
poussé par la bête blessée se répandit au-delà
des limites du village. Une seconde pierre projetée avec la même dextérité
alla crever l'œil droit.
Aveuglé, le dragon essayait d'attraper son agresseur en balayant l'espace
de sa tête sanguinolente, la gueule grande ouverte, révélant
la dent de lait que Ti-Jean eut vite fait de repérer.
De sa main, il fouilla le fond de sa besace et il s'empara de la stalagmite dont
il arma sa fronde.
Le dragon continuait toujours de balayer l'espace comme un faucheur qui couche à
grands coups de faux sa moisson par terre.
Quand le dragon présenta le côté gauche de sa tête, Ti-Jean
mit à profit cette occasion et décocha son tir qui atteignit la dent
de lait. Mais la pierre la percuta de biais de sorte qu'elle partit d'un mouvement
oblique pour se ficher dans sa cuisse gauche.
Ti-Jean poussa un cri perçant sous l'effet de la douleur cuisante au moment
où le dragon s'effondra sans vie.
Un cri de joie accueillit sa mort et, de partout, on accourut pour en estimer la
masse énorme pendant que Ti-Jean extrayait la dent de sa cuisse. Il la rangea
dans sa besace. |
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Curiosité
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« La dent de lait du dragon »
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