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Une fois mis au fait du privilège
qui lui était dévolu, J.E.A. Dubuc s'attela immédiatement à
la tâche de transposer ce qui n'était qu'un modeste bricolage d'artisan
en entreprise industrielle et commerciale.
Il n'oublia pas Ti-Jean dans le succès que son esprit entreprenant récoltait.
Il lui fit parvenir une main de papier qui révolutionnerait, à ce qu'il
soutenait dans la notice qui accompagnait l'envoi, la vie intellectuelle du Royaume.
La mère de Ti-Jean considéra cette nouveauté avec la moue dédaigneuse
de celles qui en ont vu d'autres et s'en servit sans se gêner pour envelopper
les pelures des ses pommes de terre qu'elle envoyait porter à la grande truie
dans la soue.
De la pierre à papier à la pierre à imprimer, la distance n'était
pas bien longue pour qui savait imaginer et elle fut franchie quelques années
plus tard. C'est ainsi qu'un jour, un courrier spécial dépêché
par l'historiographe du roi remit en main propre à Ti-Jean une étrange
feuille pliée en deux. Du coin de l'œil, la mère observait les réactions
de son fils, feignant l'indifférence en effeuillant avec une application exagérée
un chou qu'elle avait mis à bouillir afin de faciliter son travail.
Pour attirer l'attention de sa mère, Ti-Jean manifesta un étonnement
surfait. Dépliée, la feuille de papier révéla la page
d'une gazette éditée par l'historiographe royal. Le titre en était
éloquent, écrit en capitales aux caractères gras : LA VOIX
DU PAYS DE LA OUANANICHE. Une devise, imprimée en petits caractères
et placée juste en dessous était formulée de telle manière
qu'elle semblait le parachever : Pour que les pierres n'aient pas à crier.
Victor Tremblay signa un court éditorial sans lequel il annonçait
que LA VOIX DU PAYS DE LA OUANANICHE paraîtrait une fois l'an et ferait état
des événements notables qui se dérouleraient pendant ce laps
de temps. Il s'excusait auprès de ses lecteurs de la minceur du premier numéro
tout en spécifiant que les suivants, bénéficiant de l'expérience
du premier, seraient plus étoffés. « Mieux vaut commencer petitement
et grandir que d'arriver tout élevé pour mieux dépérir
», écrivait l'auteur de sa plume pittoresque et coloré.
Un article attira le regard de Ti-Jean. Il était signé par un jeune
homme qui entrait dans la carrière de gazetier, Damase Potvin, et s'intitulait
: « La fabrication du papier, un travail de guêpes ». L'auteur
y rapportait la découverte de ce support nouveau à qui on devait la
parution de ce premier numéro, vanta l'esprit d'observation de J.E.A. Dubuc. |
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