| Ti-Jean s'y engagea, suivi de l'écureuil.
Il déboucha sur un espace désert au milieu duquel s'élevait
un mélèze gigantesque. Très haut, suspendue à une branche,
bruissait la harpe éolienne aux cordes aux couleurs de l'arc-en-ciel. Elle
résonnait doucement sous l'action du vent et sa musique enchanteresse se traduisait
par un chatoiement velouté et multicolore qui caressait les yeux. C'est à
cet endroit que les quatre vents du Royaume se rencontraient pour accorder leur voix. |
| Ti-Jean examina minutieusement l'arbre
à la recherche de la grande couleuvre qui crachait de la lumière noire.
Il ne la découvrit pas tout de suite, car la couleur de sa peau se confondait
avec l'écorce de l'épinette rouge. Mais son sifflement la trahit. Elle
était enroulée à mi-hauteur autour du tronc. Si jamais elle
atteignait Ti-Jean avec son jet de lumière noire, il serait pétrifié
sur-le-champ. |
| Ce dernier eut beau marcher à
l'amérindienne pour dissimuler sa présence, la couleuvre le détecta
aussitôt. Il fouilla dans sa besace avec des gestes lents et calculés
à la recherche du présent de la veuve Simard. Il le repéra et
s'en saisit. Vif comme l'éclair, il orienta la face terne du miroir vers la
couleuvre qui avait ouvert sa gueule, le dard pointé dans sa direction. Un
dense filet de lumière noire vint frapper le rectangle qui s'illumina violemment
et retourna un faisceau de lumière aveuglante vers la couleuvre qui s'écroula
en cendre. Ti-Jean poussa un soupir de soulagement et eut une pensée remplie
de gratitude pour sa bienfaitrice. |
| La grande couleuvre mise hors d'état
de nuire, l'écureuil escalada le mélèze. Quelques bonds vigoureux
le conduisirent jusqu'à la harpe éolienne dont les cordes éclatantes
lui faisaient ciller des yeux. |
| Amené sur les lieux par l'oiseau-mouche,
un aigle décrivait des cercles au-dessus de l'arbre. L'écureuil s'attaqua
aux liens qui maintenaient en place la harpe. Quelques coups de dents lui suffirent
pour en disposer. Au moment où les cordes cédèrent, l'aigle
plongea vers la harpe et l'agrippa dans ses serres. Puis il descendit vers Ti-Jean
avec un vol plané en spirales et lui remit le précieux objet avant
de retourner dans l'azur. |
| Quelques jours plus tard, le roi
invita la reine à venir le rejoindre dans son jardin d'hiver. Il lui tut l'objet
de son invitation. Elle pénétra dans ce lieu de séjour qu'elle
affectionnait plus que tout, émue à la pensée de la surprise
qui l'attendait. Elle fut accueillie par un déluge de couleurs chatoyantes
qui vibraient doucement sous les doigts légers d'une brise délicate. |
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Notre enfant, confia-t-elle à
son époux, ravie au-delà de toute expression, sera l'enfant du vent
et de l'eau. Il sera fasciné par le mugissement des vagues et transporté
par le chant du vent dans les arbres. |