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Le diable ne perd rien pour attendre.
Je le poursuivrai de ma vengeance jusqu'à son repaire. Dussié-je fouiller
le fond de l'enfer, je le retrouverai, je le ramènerai et il répondra
devant vous de sa misérable action. |
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Inutile, je suis enclin à
lui pardonner. |
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Le diable est le seul être
sans espoir de pardon, car sa haine des hommes est sans bornes. Entre-temps, il faut
songer à vous soigner. |
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Ne te dépense pas en vains
efforts. Ne m'interromps plus : le temps me presse pour te dire ce que j'ai à
te confier. Je suis condamné de toute façon, non pas par un arrêt
du diable, ce qui exagérerait son importance, mais parce que mon temps est
parvenu au bout de sa course. Je suis le dernier représentant d'une race autrefois
nombreuse qui vivait en bonne intelligence avec le peuple des oiseaux et les hommes
d'autrefois. Nous étions ici bien avant les castors géants. Nous avons
assisté à la naissance et au développement du royaume. Mais
la fatalité bornait notre règne. Le temps des mythes est révolu.
Le temps des contes achève sa carrière. Ce dernier cédera bientôt
la place au temps des hommes. Et ceux-ci se souviendront des hommes volants comme
des oiseaux fabuleux fendant les airs aux époques mythiques. Avec la succession
des âges, ils nous transformeront en êtres de légendes. À
la fin, comme ils ne découvriront aucun signe de notre passage sur terre,
nous deviendrons à leurs yeux des personnages de contes. Nous serons alors
passés de l'existence à l'inexistence. Mais les récits que les
conteurs feront de nos exploits nous rendront plus présents et plus vivants
que lorsque nous sillonnions les cieux. Les gens se représenteront notre âge
comme une époque bénie dont ils conserveront une invincible nostalgie.
Ils feront de nous des oiseaux de paradis, sans se douter qu'il n'y a de paradis
que perdus. Comment faire autrement pour savoir que c'était le paradis, c'est-à-dire
un lieu embelli par nos regrets. Je suis le dernier homme-oiseau, le marcheur de
vent. Ma poussière est la vapeur des nuages, je monte et je descends les pentes
des courants d'air. C'est le désir de voler qui me donne des ailes. Quand
je m'élève, je tombe dans le ciel. |
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Comme l'espace n'a pas de bord et
l'infini pas de frontière, ma chute ressemble à un élan. Je
suis libre parce que j'accepte ce qui me contraint. Autrefois, à la saison
des amours, je dessinais dans le ciel de folles arabesques qui écrivaient
le nom de l'être aimé. J'ai regret Que tout prenne fin avec moi. Quand
je mourrai, grimpe au sommet de cet arbre et défais mon nid. Avec ses débris,
dresse un bûcher funéraire et incinère-moi. Rassemble mes cendres
et disperse-les dans le vent d'est, car c'est le compagnon du soleil à son
lever. Au creux de mon nid, tu découvriras un petit caillou blanc : c'est
une pierre à eau. Glisse-la dans ta bouche : elle chassera ce goût de
sang qui t'a attiré vers moi et elle apaisera ta soif. Efface toute trace
de mon passage afin que je puisse renaître sans attaches dans l'imagination
des conteurs, plus vivant que dans ma propre vie et, de surcroît, immortel.
Je… |
L'homme-oiseau ne put terminer sa
phrase, ce dernier mot expira sur ses lèvres.
Ti-jean ferma ses paupières et demeura un long moment silencieux, accroupi
à côté du cadavre du dernier homme volant, formulant dans son
cœur une prière improvisée pour le repos de sa mémoire. Puis
il se leva et entreprit d'escalader l'arbre qui abritait le nid à jamais déserté. |
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Lecture du conte
:
« Le trésor de Virecapot
et le dernier homme volant »
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Présenté
sous une forme théâtrale par la troupe « La randonnée
du conteur sur scène ».
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